Mars, avril, mai 2020.

Alors que je viens de commencer une série sur Paris, ville lumière, mais surtout Paris, la ville que je vois, sa lumière et ses ombres, le Covid-19 s’abat sur la France. Le pays tout entier entre dans un brutal processus de long confinement. Ma série sur Paris est stoppée nette. Avant que j’ai pu vraiment avancer sur ce sujet qui me tient à cœur. Enfermés, comme beaucoup de photographes, je dois redoubler d’imagination et d’ingéniosité pour mettre à profit cet épisode sanitaire de repos forcé.

Personnellement, je suis seul chez moi. Avec mon chat.

Pourtant, j’aime marcher, j’aime aller faire de la photo. J’aime marcher pour faire de la photo. J’aime faire de la photo pour aller marcher. L’un ne va pas sans l’autre, et souvent, l’un est prétexte de l’autre. Cette addiction presque maladive à la photo et la marche m’oblige à faire de nombreux détours quand je me déplace, prenant souvent plus de temps qu’il n’en faut pour me déplacer rapidement entre deux lieux.

Mais là, aucun détour possible. Nous sommes confinés, par obligation, par devoir. Pour nous, pour les autres.

Confinés, mais quand même autorisés à sortir. Pour acheter de quoi se sustenter, de quoi se dégourdir les jambes aussi. Mais point trop n’en faut. Pour nous, pour les autres. C’est frustrant, car Paris est vide en ce moment. Désertée par ceux qui se sont réfugiés là où ils avaient un autre point de chute, et par ceux qui sont obligés d’y rester. Désertée par ses habitants, vidée magistralement. Il est même difficile d’imaginer la ville ainsi abandonnée de tous, aussi abandonnée par tous, ses habitants, ses touristes, ses travailleurs, ses commerçants, ses piétons, ses voitures, ses cyclistes. Personne n’est là pour troubler la quiétude mortifère des lieux. Glaçant, mais terriblement beau.

Je profite des rares instants où je suis contraint de me déplacer : des achats alimentaires réguliers, et puis l’alternance pour la garde de ma fille, des moments où je peux me dégourdir les jambes. Ma fille est confinée en partie avec moi, en partie avec sa mère. Cela fait une présence, mais surtout cela donne la possibilité de faire quelques photos. Profitons tant qu’on peut.

Comme pour Paris, ville lumière, je prends au moins une photo chaque jour. Pour illustrer ce confinement. Confinement intérieur, ou confinement extérieur, en tout cas un confinement rythmé par nos activités intérieures : les activités professionnelles bien sûr, mais aussi la photo, car je profite de cette période pour rattraper mon retard ; les activités télévisées également, ce qui permet de  palier à la fermeture des cinémas ; lire également ; cuisiner aussi ; prendre le temps surtout. Car c’est ce qu’on fait le moins habituellement : prendre le temps de profiter du temps.

Et puis, la grande cérémonie de 20h00 est un bon rythme dans la journée, qui rappelle qu’on doit la vie à des personnes dont l’activité n’est pas à l’arrêt, bien au contraire. Les citer n’auraient pas de sens, vous comprendrez très bien de qui je veux parler. Mais c’est un temps où l’ont sent la présence de l’autre, des autres, que l’on voit, en tout cas depuis chez moi, des immeubles s’animer plus que jamais, des immeubles vivre ou revivre, exploser d’un brouhaha réconfortant, d’un brouhaha qui nous fait nous sentir vivant, et nous permet de garder l’espoir du retour à la vie normale, d’une vie où nous pourrons sortir, rire, pleurer, se serrer dans les bras, se tenir par la main, à deux, en groupe, en foule.