Si les touristes du monde entier connaissent ce doux surnom de la capitale française, conférant un habit de lumière qui siérait parfaitement à la ville fétiche des amoureux de tous bords, peu savent que Paris doit son surnom à une décision d’un lieutenant de police de la ville du 17ème siècle qui, pour endiguer et lutter contre la criminalité qui sévissait dans la ville à cette époque, fit installer lanternes et torches dans les rues et les coins les plus sombres et mal famés afin que les voyous ne puissent plus s’y cacher. Ce serait les visiteurs de cette époque qui lui auraient alors donné ce sobriquet, devenu depuis, un surnom lumineux.

Ce sont ces mêmes touristes qui se précipitent chaque année pour visiter avec leurs tendres et chers cette ville que l’on dit la plus romantique, pour y visiter les nombreux lieux qui se prêtent à l’exercice de l’autoportrait au baiser, avec force mises en scène, et on ne compte plus les étrangers qui s’y marient dans un bonheur à faire pâlir le parisien même qui passe plutôt sa vie dans le métro et les embouteillages.

Car, c’est là, toute l’ambiguïté de la ville : romantique et superbe, elle cache une face plus sombre, plus sale, plus crasse, et il suffit de gratter du bout du doigt le vernis de la carte postale chère aux touristes pour découvrir le vrai visage de Paris.

Sur mon trajet pour aller au bureau, ou lors de mes pérégrinations dans les rues bondées ou vides, fort de près de trois décennies où j’ai parcouru et parcours ma ville sans vraiment plus prêter attention à mon environnement, les confinements successifs m’ont permis de la redécouvrir : je ne vois désormais plus que la crasse, la saleté, les déchets, l’incivisme constant de ses habitants, bien plus que celui de ses visiteurs, qui sont souvent plus soucieux de la propreté de la ville que ses propres occupants.

Pourtant, ce ne sont pas les travailleurs de l’ombre qui manque, qui œuvrent d’arrache-pied chaque jour dès potron-minet pour effacer toute trace incommodante de la vie de la veille, de la vie de la soirée précédente, souvent l’acte d’un habitant qui ne prête plus attention à son chez lui, à son chez l’autre, et qui n’hésite pas à vomie sa crasse sur l’espace public.

De cette foule grouillante, il ne reste que le laid derrière le beau, le laid que plus personne ne regarde, que les regards évitent avec habileté pour ne retenir que le superficiel. Et pourtant, cette saleté s’est enracinée, elle est devenue indéboulonnable. Comme si elle s’était posé ici pour l’éternité, et l’opposé de tant de magnifiques ruines, il n’en restera que ces déchets, qui éclaireront d’une flamme nouvelle la mythologie de la Ville Lumière.

Déambulations.